June 17, 2026

FIFA World Cup 26 : une fête visuelle qui ne fait pas semblant

On vient de voir la première victoire de nos Bleus et c'est partiii ! J'en ai profité pour faire un tour d'horizon de l'univers visuel de cet événement monumental. En effet, j'ai voulu rester en contact avec notre sélection et j'ai découvert une vraie fête visuelle organisée par tous ceux qui participent à la mise en image et au marketing de cette FIFA World Cup 26.

FIFA World Cup 2026

Je suis Lead Designer et j'adore décortiquer les univers de marque : essayer de lire l'intention de départ, deviner la manière dont elle a pu être mise en œuvre, et observer comment les différents spécialistes de la marque ont décliné les éléments graphiques pour rendre le message percutant.

Pour cela, j'ai bêtement téléchargé l'application FIFA officielle, avant de me dire qu'il existait forcément une application dédiée. Évidemment, l'app FIFA World Cup était là. J'ai même téléchargé l'app FIFA Panini, parce que mes filles m'ont fait acheter l'album. J'ai un peu fureté sur le site FIFA 2026 et, comme beaucoup de monde, j'ai déjà regardé quelques matchs et quelques « mag de la Coupe du Monde » sur M6, avec une bonne dose d'habillage visuel. Bref, j'étais équipé, aux couleurs de la coupe !

For The BOLD !

Même si ce n'est pas ce qui m'a le plus convaincu au début, il faut bien commencer par étudier le logo.

Et oui, ce logo est ÉNORME — non pas par sa taille, mais bien par la typo des chiffres 26, tellement grasse qu'elle bouche complètement l'espace blanc. Le logo nous impose son message : la Coupe du Monde va être BIG. C'est la coupe et le lettrage FIFA qui forment l'œil de chaque chiffre, en masquant astucieusement la typo pleine, comme pour extruder dans la masse de cette typo les espaces vides nécessaires à la bonne lecture du 2 et du 6.

(Petite trouvaille en creusant le sujet : le trophée n'est pas une silhouette stylisée comme sur les éditions précédentes, mais un rendu quasi photoréaliste, avec reflets et volume. Posé sur une typo plate et géométrique, ce contraste de matière a d'ailleurs fait débat chez certains designers — un pari qui fonctionne surtout parce que le trophée écrase tout le reste par sa présence. Le logo a été conçu par Public Address, une agence de Toronto qui a aussi signé l'identité de la Coupe du Monde féminine 2023 et co-créé le logo des JO de Los Angeles 2028.)

La typo, avec ses rondeurs musclées et quelques angles affûtés, nous transporte bien dans l'univers sportif. On a presque l'impression d'avoir déjà vu ces chiffres floqués sur les maillots de nos joueurs fétiches.

Mais le plus fort, c'est que ces deux seules formes servent à décliner tout l'univers de l'événement et à porter toutes les images possibles. Colorées, superposées, zoomées, animées, déstructurées : ces deux formes suffisent à construire la quasi-totalité des fonds et animations de l'univers visuel. Elles sont en plus tellement larges qu'elles permettent de jouer aux masques pour des visuels ou des vidéos très variés, tout en gardant une cohérence globale.

En vrai, je trouve que ce logo est une vraie pépite.

Hey mec, t'as pas un gimmick ? ( - M - )
Pour un designer comme moi, qui cherche toujours le détail qui fera qu'on se souviendra d'une marque, l'élément qui m'a donné envie, c'est l'usage de ces mêmes formes, omniprésentes partout où l'on pose le regard.

À la fois simple et hyper repérable, la forme des chiffres porte tout l'univers de la coupe FIFA. Associée aux couleurs sélectionnées pour l'événement, elle propose un véritable langage visuel. C'est vraiment une sensation d'immersion dans la Coupe du Monde qui s'en dégage. Cela vient du fait qu'on sature l'espace visuel avec des éléments très gras, mais aussi avec des zooms extrêmes qui font dépasser les formes en dehors du cadre.

Ajoutez à cela le matraquage marketing sur tous les supports, le nombre de points de contact avec les visuels Coupe du Monde, et vous comprenez qu'on ne peut pas y échapper : on est pris dans le piège du gimmick « 26 ».

Quand je pense à la charte graphique que les graphistes ont dû produire, j'en ai le tournis : ont-ils anticipé tous les usages ? Le logo, les communiqués, les réseaux, les affiches, les habillages sur site, la signalétique, l'habillage télévisuel — non, ça, c'est le travail de plusieurs équipes, mais la coordination a dû être passionnante. Et il y a eu ensuite l'appropriation par tous les autres prestataires, ce qui explique quelques écarts : parfois, le jeu de couleurs ou la composition nous transporte un peu dans les années 70, avec un sentiment de visuel vieillissant ou vintage — mais cela fonctionne aussi très bien pour ce rassemblement populaire. Cette ligne graphique a réussi son objectif : réunir tous les univers sous le même tifo.

Trop de supports à supporter
Petit aparté pour observer à la loupe les limites du logo : je trouve que parfois la charte est tiraillée, et le résultat n'est pas toujours réussi.

Les encarts de match, par exemple — et il y en a d'autres — ne sont pas faciles à adapter. Sur le logo en particulier, je trouve que la version plus horizontale, avec la coupe sur le côté gauche et les chiffres en typo pleine, respecte bien la philosophie « bold » du logo complet. En revanche, on perd un peu l'essence du concept dans la version verticale, où la coupe défonce la forme des chiffres : elle n'est plus vraiment lisible, et cela crée une forme complexe qui colle moins avec l'idée populaire de grosses formes minimalistes. Je comprends le choix fait pour un marquage monochrome sur textile, mais je trouve cela moins cohérent avec le reste.

Malgré tout, cela n'enlève rien à l'impression principale que l'on ressent : cet esprit de fête. Et ça, c'est LE point qui fait la plus grande réussite de l'univers FIFA World Cup 26.

Nous aussi on va te faire la fête ( Stromae )
Quand on voit comment tous les supports autour de la FIFA World Cup 26 se sont appropriés l'événement en jouant le jeu, ça donne juste envie d'en faire partie.

Après le logo et l'usage du gimmick, l'esprit de fête, c'est pour moi le plus gros point fort de l'univers FIFA 26. Cette énergie créative, entraînée par un socle visuel commun, donne de l'élan. Ce n'est pas à proprement parler l'univers originel de la coupe, mais cela contribue à un ensemble cohérent et passionnant.

Le foisonnement de visuels qui sortent du cadre initial envoie un message de liberté : on a le droit de sortir du cadre, dès lors qu'on garde un minimum d'éléments repérables qui raccrochent au socle commun. Cette démarche ouvre un maximum de possibilités pour créer des éléments annexes tout en respectant la charte officielle — une stratégie très utilisée par les marques pour créer plus de lien avec leurs utilisateurs ou leurs clients, et qui ajoute un supplément d'âme. On le note surtout sur les produits qu'on appellera dérivés, ou goodies.

L'affiche officielle est vraiment l'exemple parfait : elle est composée de trois styles graphiques différents, reprenant des éléments de culture de chaque pays hôte. (En creusant le sujet, j'ai découvert que FIFA avait justement fait travailler des artistes locaux dans chaque ville hôte pour personnaliser ces déclinaisons : l'affiche de New York/New Jersey reprend la torche de la Statue de la Liberté, et celle de Monterrey s'appuie sur le Cerro de la Silla tout en intégrant des calaveras inspirées du Día de los Muertos — un clin d'œil qui confirme exactement la sensation que j'avais en regardant ces visuels.) Tous ces éléments créent un visuel unique et rassembleur. Le logo et la police utilisée en bas labellisent l'affiche dans l'écosystème de l'événement.

L'affiche officialise également les principes de base pour la déclinaison en produits dérivés :Tous jouent le jeu et donnent une galaxie de créations cohérentes avec le noyau central de l'identité visuelle FIFA World Cup 26.

  • un style illustratif volontairement débridé ;
  • ne pas hésiter à accumuler, à surcharger ;
  • un code couleur associé à chaque pays (USA bleu, Mexique vert, Canada rouge).

Super travail pour créer des affiches pour chaque ville hôte
Des stickers qui reprennent les patterns de chaque pays
Un exemple de mélange entre les éléments visuels du Mexique et ceux de la Coupe du Monde FIFA 2026

La couleur qui vous habille

On retrouve les couleurs principales des pays hôtes : vert pour le Mexique, bleu pour les USA, rouge pour le Canada. Mais on a finalement droit à une pléiade de couleurs, plus lumineuses les unes que les autres, pour accompagner les différentes villes hôtes. Il suffit de faire un tour sur le FIFA Store pour découvrir des trésors.

Alors oui, on voit bien que la Coupe du Monde est une machine à vendre du produit dérivé, mais c'est aussi une mine d'or de patterns. On redécore vraiment la planète avec l'esprit de la Coupe du Monde.

On retrouve ses patterns sur tous les supports en accompagnement des formes “gimmick” plus officielles, notamment dans les habillages visuels

En matière de couleur, on retrouve surtout cette gamme dans les animations : animation du logo, avec ce rayonnement concentrique de couleurs successives. C'est vraiment un élément marquant et identifiant de l'univers de cette Coupe du Monde — je dirais même que c'est celui qui identifie le plus immédiatement qu'on est dans FIFA 26, plus que le logo lui-même.

Cette frise de couleurs, expression pure de la gaieté, représente évidemment le rassemblement des pays hôtes, des équipes : c'est l'union des gens autour de l'événement, et je trouve qu'on est presque dans un esprit proche du Día de los Muertos mexicain, avec ces costumes extrêmement colorés et chatoyants.

Cette frise de couleurs est systématiquement utilisée avec cette animation rayonnante et concentrique. Que ce soit autour du logo ou pour l'affichage des scores, c'est le même principe. Le fait que cette animation s'étale pour remplir l'écran entièrement de couleur donne la sensation d'entrer et de s'immerger dans une vague de couleur. On en prend plein la vue à chaque fois, c'est presque épileptique, mais qu'à cela ne tienne, on aime ça : c'est extrêmement fort, la dynamique que cela amène.

Ce principe a dû être vraiment détaillé pour faire partie des impératifs à utiliser pour l'habillage visuel, car on le retrouve bien décliné sur l'ensemble des teasers, habillages et autres éléments animés sur nos petits écrans.

Je trouve d'ailleurs que M6 a fait un super boulot autour de l'événement dans ses différents habillages : les formes bold utilisées pour faire des masques de vidéo, l'animation si particulière qui sert à révéler une nouvelle image, à faire des transitions dynamiques, mais aussi à passer par-dessus en filaire pour rajouter encore l'image de FIFA 26 partout. Le top pour moi reste cette vue studio avec plusieurs écrans, qui multiplie encore l'impact de l'animation colorée.

Lien vidéo YouTube :

Lien vidéo Youtube
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Moi qui adore animer les logos, je surkiffe également le reveal du logo, avec son effet de pivotement de formes géométriques pour finalement dessiner les chiffres 26 : un régal pour les yeux, merci.

L'habillage est une vraie réussite : l'usage des formes géométriques minimalistes nous transporte vraiment dans cet événement, avec un esprit populaire. Mais on tombe parfois dans la simplicité, comme pour l'affichage des matchs à suivre : on a un peu l'impression d'être dans un PowerPoint de base, pas très recherché — mais cela ne gâche en rien le reste.

Mobile first

Pour boucler la boucle, je reviens sur les applications mobiles, car c'est tout de même par là que je suis entré dans l'univers de cette Coupe du Monde.

En ouvrant l'application FIFA, j'ai été un peu déçu : la Coupe du Monde n'y occupait qu'une place identique aux autres compétitions. Normal, mais j'ai été surpris de ne pas avoir une mise en avant plus importante de l'événement en cours. L'application n'a pas non plus reçu d'habillage spécifique pour l'occasion : hormis tous les encarts promotionnels qui prennent de belles couleurs, le contenant, lui, ne change pas et reste un peu trop fonctionnel.

Pour l'application FIFA World Cup, c'est presque pire : très blanche, très fonctionnelle. À part l'écran de lancement, on est dans un univers de centrale de réservation, avec des fils d'actualité — et en fait, c'est presque normal, car l'application est plutôt tournée vers les utilisateurs qui se rendent aux USA pour supporter les équipes sur les terrains. On y retrouve donc la billetterie, les fiches des villes hôtes, les stades, les plans, toutes les infos pratiques pour vivre la Coupe du Monde en live. Il est donc normal que la navigation soit fonctionnelle, et moins festive.

J'ai tout de même bien aimé l'application Panini, qui offre une expérience supplémentaire au légendaire album papier. Ils ont réussi à retranscrire ce plaisir de collectionner, d'attendre pour pouvoir ouvrir un nouveau paquet — j'ai vraiment apprécié.

Maintenant que l'on a passé la déception, viennent les points intéressants. Je ne vais pas étudier ici la partie fonctionnelle, mais vraiment garder un œil uniquement UI — et dans ce cadre, sur l'application FIFA, les patterns en arrière-plan de chaque compétition sont simplement magnifiques : une vraie sensibilité, et des exemples à suivre pour créer un univers sport.

Pour l'application World Cup, le plaisir vient de tous les encarts habillés à l'image de la coupe. C'est encore la force de la ligne graphique qui fait mouche et donne de la vie à l'application.

En conclusion : un système qui tient ses promesses

Si je devais résumer ce tour d'horizon, je dirais que la vraie réussite de la FIFA World Cup 26, ce n'est pas tellement le logo en lui-même : c'est le système qu'il a généré. Un gimmick simple — le « 26 » plein, le trophée, la frise de couleurs — suffisamment robuste pour tenir trois pays, seize villes hôtes, des dizaines de prestataires et des centaines de points de contact, sans jamais se déliter complètement. C'est tout l'enjeu de ce type d'identité : moins dessiner un joli logo que construire un langage capable d'être repris, détourné, surchargé par tout le monde, des chaînes de télé aux marques partenaires, tout en restant identifiable.

Il y a évidemment des frottements — une version verticale du logo qui perd en lisibilité, des applications mobiles qui auraient pu se permettre un peu plus de fête, quelques compositions qui sentent un peu le vintage non désiré. Mais ces aspérités ne pèsent pas grand-chose face à l'essentiel : on sent, à chaque écran, à chaque affiche, à chaque maillot, qu'il y a une intention commune et une énergie collective. Et c'est précisément ce qu'on demande à une identité de Coupe du Monde : donner envie d'en être.

Allez les Bleus, et vivement la suite !

Pour creuser le sujet
  • Public Address — le studio (Toronto) à l'origine du logo et du système visuel FIFA World Cup 26, également auteur de l'identité de la Coupe du Monde féminine 2023 et co-auteur du logo des JO LA28 : publicaddress.studio
  • Logopedia — fiche de référence sur le logo et l'historique de l'identité FIFA World Cup 26 : logos.fandom.com/wiki/2026_FIFA_World_Cup
  • DesignRush — analyse détaillée de la construction du logo et de la tension entre trophée photoréaliste et typo géométrique : designrush.com (rubrique « Best Designs »)
  • Harbingers' Magazine — article sur les affiches officielles et leur fabrication par des artistes locaux dans chaque ville hôte : hrbmagazine.org
  • Design Week — sur la manière dont Coca-Cola, partenaire officiel, a décliné l'identité FIFA 26 dans son propre packaging : designweek.co.uk